Fouille-moi. Je me souviens seulement qu'oncle René avait décidé de mettre un terme à la chicane. À sa manière. Pas très orthodoxe, soit, mais l'idée nous avait plu à Ghislaine et à moi. Se taper dessus en toute impunité jusqu'à ce que l'une des deux cède nous paraissait très fairplay. On avait le choix des armes de surcroît : la tapette à mouche ou les gants de boxe. D'énormes gants pendus à un clou dans le hangar et dont mon oncle avait hérité en achetant le chalet. Les gants avaient conservé une courbure propice au combat. En les resserrant au poignet, nos petites mains ne risquaient pas de glisser. Le reste était affaire de motivation...

Gants

Ghislaine en avait pour deux. Au signal, ma cousine s'est ruée sur moi, cognant de toutes ses forces avec une jubilation inquiétante. J'esquivais les coups du mieux que je pouvais, mais j'avais affaire à une enragée, plus costaude que moi, déterminée à m'arracher la tête. La lutte était inégale. Voyant le peu de conviction que je mettais à attaquer, mon oncle a mis fin à l'expérience.

Longtemps j'ai cru qu'il avait voulu m'épargner un affront. Longtemps je l'ai aimé pour cette délicatesse. Puis j'ai grandi, j'ai vu les choses sous un autre angle. On ne devrait pas grandir...