ou presque.

Elles étaient laides pour la plupart, affublées de messages stéréotypés et de croix sensées exprimer « tout notre amour ». Certaines brillaient (mes préférées), quelques-unes jouaient deux ou trois mesures de Jingle Bells, Rudolph the Red-Nosed Reindeer... On les suspendait sur un fil ou on les exposait sur le linteau de la cheminée - quand on en avait une. Avec le sapin, les rois mages en plastique, les cadeaux décevants, elles étaient le marqueur des « Fêtes ». Un marqueur en voie de disparition : plus personne n'expédie de cartes de voeux par la poste... sauf les députés.

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Je me souviens de la pile de cartes et des enveloppes étalées sur la table de la salle à manger. Tante Dolorès avait la corvée de les adresser à la main, à l'encre de Chine, usant de sa plus belle calligraphie. Oncle René signait laconiquement : René Létourneau, MP. Le message était obligatoirement bilingue, protocolaire, ennuyeux. La mode, dieu merci, n'était pas encore aux photos familiales. Le député se contentait de scènes campagnardes ou religieuses. Tante Dolorès adorait les traîneaux, ça lui rappelait son enfance. Thomas Mulcaire, mon député actuel, préfère les sapins enneigés et la tour du parlement comme décor de fond. Il est le chef de l'Opposition officielle du Canada et tient à le rappeler. À quelques variantes près, le rituel n'a pas changé : on est un peuple de traditions, quoi qu'on dise.

Autre chose, et non la moindre : la fameuse bouteille de vin ! Les bouteilles, en fait. Elles arrivaient individuellement ou en caisses de six. Pas toujours du meilleur cru, mais à vin donné... Accompagnées de fromages, de chocolats, de sirop d'érable, de yogourts (le premier producteur québécois était en fait un Belge attiré dans la région par la généreuse subvention que mon oncle l'avait aidé à obtenir). Tante Dolorès bouffait le yogourt, mon oncle buvait le vin et nous mangions les chocolats. C'était le bon temps - ou presque !

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